Pourquoi pas un symposium d’art inuit à Paris?
par Louis Macomber
Première semaine de septembre, pendant que vous restiez confortablement au Nord, à la fraîche, je partais pour le Nouveau-Brunswick pour représenter le Nunavut au Village de la francophonie à Dieppe, en banlieue de Moncton.
S’il a fait beau? Un soleil de plomb pendant une semaine sans l’ombre d’un nuage et aussi sans la moindre petite brise. On aurait dit qu’il faisait encore plus chaud rien qu’à penser que la plus belle plage du monde se trouvait à 10 minutes, sans que jamais on trouve le temps d’aller y faire une petite saucette. Parlee Beach à Shédiac, la capitale mondiale du homard, vous connaissez?
Dans notre tente qui nous servait de kiosque, tout le monde suaient à grosse goutte. Les visiteurs n’arrêtaient pas. À huit heures le matin, déjà dix personnes déambulaient devant nos sculptures Inuit et la magnifique collection de bijoux de DJ Sensations qu’on avait disposée sur nos tables.
« Ça seriont-tu des Inuit qu’auriont faite ces beaux bijoux-là? » qu’on se faisait demander. Ou encore, « Look honey, this is Nunavuk…our new territory! How do we pronounce this…? Qu’ils nous demandaient, Nou-na-vouk? »
« Etes-vous fiers de maintenant faire partie du Canada? » qu’il y en a d’autres qui nous lançaient de bon c¦ur, comme si avant le premier avril dernier, on faisait plutôt partie de la calotte polaire.
Je vous jure qu’il y a actuellement un raz-de-marée de curiosité pour le Nunavut chez les Canadiens, tout ça teinté de joie et de fierté, de tendresse même, comme si on accueillait un nouveau né dans la grande famille coast to coast.
Cette grande joie ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis! Les gens veulent plus ou moins entendre parler de la pénurie de personnel médical au Nunavut, du taux effarant d’alcoolisme, des maisons bondées par des taux de natalité records, de la difficulté pour les Inuit encore peu scolarisés à assumer les tâches administratives du nouveau gouvernement territorial, ou encore moins de la question linguistique qui commence déjà à faire grincher des dents un peu comme à Moncton ou à Montréal.« On leur a redonné leur pays! » qu’ils nous disaient la larme à l’¦il, en Canadiens satisfaits d’avoir fait leur B.A. de la journée.
Mona Belleau qui a passé l’été à travailler à Iqaluit au Centre des visiteurs, répondait de son mieux aux centaines de questions à l’heure qu’on se faisait poser. « Oui, je suis née à Iqaluit, oui, il y a quelques étudiants inuit qui parlent français au Nunavut, mais maintenant j’étudie à Québec… » expliquait-elle sans relâche en s’éventant énergiquement le visage avec des dépliants touristiques. « Les bijoux? Ceux-là sont faits en bois de caribou, les autres en ivoire de morse.. » De temps en temps, elle laissait échapper dans ma direction : « la petite Inuite a chaud! » ce qui voulait dire que c’était l’heure de la pause popsicle.
« C’est qui ça, Louis Mc Comber? » que lui avait demandé Rébecca, sa mère, quand je suis passé à Québec pour l’emmener à Moncton. Mona lui avait répondu : « C’est le gars qui bitche toujours en français dans le Nunatsiaq News! » Belle réputation!
Je pensais bien que Jacques Chirac allait venir nous serrer la pince et pourquoi pas, nous offrir quelques bouteilles de rosé bien frais! Le mirage s’est presque matérialisé quand monsieur Denis Bauchard, l’ambassadeur de France au Canada, s’est arrêté à notre kiosque pour un brin de jasette.
Vous êtes allés voir le merveilleux site internet qu’ont produit en partenariat l’Ambassade de France, l’Association des francophones du Nunavut et le musée Nunatta Sunakkutaangit d’Iqaluit? (http://ambafrance.org/NUNAVUT) Il s’agit d’un site trilingue, français, anglais et inuktitut qui a été réalisé grâce à l’initiative et au génie créateur de Stéphane Cloutier.
Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il s’agisse d’une première réalisation concrète découlant de la proposition du président Chirac de développer une collaboration culturelle entre la France et le Nunavut. Pourquoi ne pas déjà imaginer des suites à cet heureux partenariat?
L’intérêt de Jacques Chirac pour l’art inuit n’est pas à prendre à la légère au moment où les sculpteurs d’ici subissent l’étranglement du marché domestique. La prochaine étape de cette collaboration devrait pousser plus loin la possibilité pour les sculpteurs inuits de mieux faire connaître leur art en France et en Europe.
Si le Nunavut répond promptement à l’invitation de la France, on pourrait bien voir l’histoire de la sculpture inuite relancée vers de nouveaux sommets grâce à une demande accrue des marchés européens.



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